Registre de sécurité ERP : quelle place pour le défibrillateur ?
En bref
La liste officielle du contenu du registre de sécurité ne mentionne pas le défibrillateur.
Sa maintenance est pourtant obligatoire depuis le décret du 19 décembre 2018, et le registre est le seul document où cette traçabilité a naturellement sa place.
Six appareils sur dix examinés lors d’opérations de maintenance entre 2021 et 2023 présentaient un dysfonctionnement. Le Sénat travaille à durcir le contrôle.
La scène se répète dans beaucoup d’établissements. La commission de sécurité passe, demande le registre, l’exploitant l’ouvre à la page des vérifications électriques et des exercices d’évacuation. Le défibrillateur, lui, est accroché dans le hall depuis trois ans sans qu’aucune ligne ne lui soit consacrée. Ni l’exploitant ni la commission ne sont fautifs sur ce point précis, parce que le texte qui fixe le contenu du registre est muet. Ce qui ne veut pas dire que l’appareil n’a rien à y faire.
Le défibrillateur n’apparaît pas dans la liste officielle
Le contenu du registre de sécurité d’un établissement recevant du public est fixé par l’article R143-44 du Code de la construction et de l’habitation. L’exploitant doit y faire figurer (service-public.gouv.fr) :
- la liste du personnel chargé du service d’incendie ;
- les consignes générales et particulières en cas d’incendie ;
- les consignes d’évacuation prenant en compte les différents types de handicap ;
- les dates des divers contrôles et vérifications ainsi que les observations auxquelles ils ont donné lieu ;
- les dates des travaux d’aménagement et de transformation, leur nature, les noms du ou des entrepreneurs.
Aucune de ces rubriques ne nomme le défibrillateur, et pour cause : le registre de sécurité est né du risque incendie, bien avant que l’équipement en défibrillateurs ne devienne obligatoire. La quatrième rubrique, en revanche, est rédigée assez largement pour l’accueillir. Les « divers contrôles et vérifications » ne sont pas limités à l’incendie.
Sa maintenance, elle, est bel et bien obligatoire
Le décret du 19 décembre 2018 ne se contente pas d’imposer l’équipement à certains établissements. Il renvoie l’exploitant à ses obligations de droit commun sur les dispositifs médicaux : aux termes de l’article R. 5212-25 du code de la santé publique, il doit assurer « la mise en œuvre de la maintenance et des contrôles de qualité prévus pour les dispositifs médicaux qu’il exploite ». Le défibrillateur en est un.
Cette maintenance peut être confiée au fabricant, à un prestataire, ou réalisée en interne. Dans les trois cas, elle doit pouvoir être prouvée. Or aucun texte n’impose de support dédié. Un exploitant qui conserve ses bons d’intervention dans un classeur n’est pas en faute, mais il devra les retrouver le jour où on les lui demandera, et personne d’autre que lui ne saura où ils sont.
C’est ce qui rend le registre de sécurité plus pratique qu’un dossier séparé. Il est déjà tenu, déjà présenté lors des visites, déjà connu de tous ceux qui passent dans l’établissement. Y consigner les interventions sur le défibrillateur ne coûte rien et place la preuve là où on la cherchera. Nous avons détaillé le volet technique dans notre page sur la maintenance de défibrillateur.
Ce qu’on y inscrit, concrètement
Une ligne par événement suffit. Ce qui compte, c’est qu’un tiers puisse reconstituer la vie de l’appareil sans vous appeler.
| À consigner | Quand | Pourquoi |
| Mise en service : modèle, numéro de série, date, emplacement | Une fois, à l’installation | Identifie l’appareil et fait courir les échéances |
| Déclaration dans la base nationale Géo’DAE | À l’installation, puis à chaque changement | Obligatoire, et c’est ce qui permet au SAMU d’orienter un témoin vers votre appareil |
| Intervention de maintenance : date, intervenant, opérations | À chaque passage | Preuve du respect de l’article R. 5212-25 |
| Péremption des électrodes et de la batterie | À chaque remplacement | Ce sont les deux causes de panne les plus courantes |
| Vérification visuelle du témoin de bon fonctionnement | Selon la fréquence retenue | Montre un suivi entre deux maintenances |
| Utilisation de l’appareil sur une victime | À chaque fois | Impose un contrôle avant remise en service |
Bon réflexe : notez aussi l’emplacement exact de l’appareil et la date de pose de la signalétique. C’est le premier point que vérifie une commission, et le sujet que nous traitons dans notre article sur l’emplacement du défibrillateur.
Un contrôle qui devrait se durcir
Aujourd’hui, l’obligation de maintenance n’est assortie d’aucune sanction propre, et le suivi laisse à désirer. Un audit cité au Sénat en janvier 2026 relevait que 60 % des 6 021 défibrillateurs examinés lors d’opérations de maintenance entre 2021 et 2023 présentaient un dysfonctionnement. Rapporté au parc français, estimé à 500 000 appareils, cela laisse supposer qu’environ un tiers d’entre eux ne fonctionneraient pas le jour où on en aurait besoin (exposé des motifs, Sénat).
Une proposition de loi en cours d’examen prévoit précisément d’instaurer des mesures en cas de non-respect. Si elle aboutit, la traçabilité deviendra opposable, et les établissements qui l’auront tenue depuis le début n’auront rien à rattraper. C’est aussi le sens du décret du 5 décembre 2025, qui a élargi le nombre d’établissements concernés : le parc grossit, le contrôle suivra.
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Questions fréquentes sur le registre de sécurité et le défibrillateur
Le défibrillateur doit-il obligatoirement figurer dans le registre de sécurité ?
Aucun texte ne l’impose nommément. L’article R143-44 du Code de la construction et de l’habitation ne cite pas le défibrillateur. En revanche, la maintenance de l’appareil est obligatoire et doit pouvoir être prouvée : le registre est l’endroit le plus simple pour le faire.
Qui tient le registre de sécurité ?
L’exploitant de l’établissement. Il peut le tenir sur papier ou sous forme numérique, doit le mettre à jour à chaque changement et le présenter à la commission de sécurité lors de ses visites.
Qui peut consigner les interventions sur le défibrillateur ?
L’exploitant, ou le prestataire de maintenance si vous lui en confiez la charge. Ce qui compte est la date, la nature de l’opération et le nom de l’intervenant, pas la main qui écrit.
Que risque un établissement qui ne trace pas la maintenance de son défibrillateur ?
Aucune sanction spécifique à ce jour. Mais en cas d’accident, l’absence de preuve de maintenance pèsera dans l’appréciation de la responsabilité de l’exploitant, et une proposition de loi en cours d’examen prévoit d’instaurer des mesures en cas de non-respect.
